9 feb. 2016

Le dialogue entre le beau et la bête (30/40 Livingstone en Louvain-la-Neuve)

Scènes

Scènes Avec "30/40 Livingstone", Sergi Lopez et Jorge Pico proposent une pièce déjantée.
A 51 ans, Sergi Lopez est loin d’être un inconnu. L’acteur catalan a une impressionnante filmographie à son actif. Ses débuts devant la caméra, le latin lover les a faits en 1992 dans "La petite amie d’Antonio" de Manuel Poirier avec qui il tournera plusieurs films dont "Western" (1997) avec à la clé une nomination pour le César du meilleur espoir. La consécration viendra quatre ans plus tard avec un César de meilleur acteur cette fois pour son rôle plus qu’inquiétant dans "Harry, un ami qui vous veut du bien".
Depuis quelques années, Sergi Lopez a renoué avec ses premières amours : le théâtre. Les planches, il aime ça. Surtout pour le contact avec le public et la réaction immédiate de celui-ci. Entre le cinéma et la scène, il lui est impossible de choisir, il a besoin des deux. Son métier de comédien, il a d’ailleurs commencé par l’apprendre au Teatr del Tret de Barcelone avant de s’initier à l’acrobatie à El Timbal, une autre école de la cité catalane, puis de suivre les cours de l’Ecole internationale de Théâtre de Jacques Lecoq, à Paris. C’est là qu’il a fait la connaissance de Jorge Pico. En 2005, ce dernier met en scène "Non Solum", un monologue d’humour - un des plus grands succès du théâtre catalan - interprété par son ami Sergi Lopez. Quatre ans plus tard, les deux comparses récidivent avec "30/40 Livingstone", une pièce créée lors du festival espagnol Temporada Alta et qui depuis ne cesse de tourner dans le monde. Elle affiche déjà plus de 80 représentations en Espagne, mais aussi en Suisse, en France (dans le cadre du Off à Avignon), en Amérique latine et désormais en Belgique.
Confession
Entre Jorge Pico et Sergi Lopez, la collaboration dépasse manifestement le travail. Il y a une vraie connivence, de l’osmose entre ces deux-là. Cette pièce, ils l’ont écrite et mise en scène ensemble. Ils l’interprètent aussi à deux, chacun dans un registre bien distinct. Lopez se glisse dans la peau d’un explorateur expressif et bavard parti à la recherche d’une mystérieuse créature. Pico incarne tout l’inverse. "En face du premier personnage, indique Sergi Lopez, on a très vite vu qu’il était bien d’avoir quelqu’un qui ne dit rien du tout. C’est ainsi qu’on a trouvé un personnage qui porte des sortes de bois (de cerf) sur la tête. Tout au long de la pièce, on se demande si c’est un homme, un cerf, un Dieu ou un fantôme […] Tout cela paraît très intellectuel, mais l’humour nous transporte et sur scène, c’est plein de légèreté."
L’intrigue de la pièce pose cette question : qui sommes-nous réellement ? "Cette envie de partir et de retrouver son soi authentique, sa liberté, c’est une quête qu’on a tous en nous. Et lorsqu’on y arrive, on se rend compte à quel point c’est dur de mettre en œuvre ses rêves, à quel point on est piégé par l’idée de notre perte." Et Sergi Lopez de nous glisser cette confession qui explique bien des comportements : "ne dites rien à personne, mais l’homme est un animal", sauvage, furieux, parvenant parfois à être plus animal que son acolyte.
Performance physique
Vous l’aurez compris, c’est à un "dialogue" entre l’homme et la bête que nous convient les deux protagonistes de la pièce. Un dialogue qui est tout sauf statique car "30/40 Livingstone" est aussi une performance physique. "Avec Jorge, on s’est connu dans une école où le mouvement et le théâtre sont synonymes. Pour nous l’espace et le plateau sont des lieux qu’il faut remplir pour dégager une puissance poétique. Parler et bouger sont deux formes complémentaires de dialogue" conclut Sergi Lopez.CVD et B.Bn (St.)
Au théâtre Jean Vilar, à Louvain-la-Neuve, jusqu’au 6 février. Res. : 0800.25.325 ou www.atjv.be

3 feb. 2016

"Sergi López et Jorge Picó nous font un cadeau: celui du théâtre" 30/40Livingstone en Bélgica

Sergi López comme vous ne l'avez jamais vu

 © David Ruano
L’acteur dévoile au théâtre une facette extravertie et bondissante. C’est un régal de le voir à l’œuvre avec son excellent acolyte dans cette pièce faussement frappadingue.
Oh, il n’y a pas grand-chose sur la scène. Un tapis plain vert et un fauteuil. Et pourtant, on ressort de "30/40 Livingstone" avec l’impression d’avoir fait un grand voyage. Emmené par deux guides fascinants et farfelus, exaltants et exigeants. Deux auteurs, metteurs en scène et comédiens de génie. Oui, on peut être désarçonnés – voire dubitatifs (pour celles et ceux qui sont rétifs à pénétrer un univers fantaisiste) – par cette fable qui semble n’avoir ni queue ni tête. On finit ravis, ébahis par ce talent à imbriquer, jusqu’aux dernières minutes, toutes les pièces de ce puzzle. Comme si on nous présentait d’abord une licorne qui, peu à peu, était démasquée, démaquillée, laissant apparaître le simple cheval (de Troie, ou de trait?) qu’elle est. Mais on ne peut point trop en dire au risque de nuire au bonheur qu’elle peut procurer.

Théâtre

"30/40 Livingstone"
Note: 5/5.
De et avec Sergi López, Jorge Picó.
Situons juste un petit peu les choses. Sergi López (à gauche) s’en vient dire une grande nouvelle à son père. Il arrête tout, il quitte tout, il part. Il part "chercher". Chercher, chercher, chercher comme le gosse qu’il était et qui passait ses récréations à chercher. Dans l’univers parallèle qu’il rejoint, l’homme qui s’est fait explorateur, est amené à croiser une créature fantastique, un genre de cerf, craintif, élégant, joueur. Jorge Picó porte les bois avec une classe stupéfiante. 
Sans une seule parole, il fait évoluer cette créature avec une grâce et une souplesse que seuls les hommes de théâtre, les vrais, sont capables d’insuffler. Sergi López et Jorge Picó nous font un cadeau magnifique, celui du théâtre. De la fable théâtralisée opérée avec un art consommé de la comédie, du jeu et de l’aisance à glisser des messages, des points de vue à même d’ouvrir les yeux, peut-être même l’esprit, des spectateurs sous le charme. Il n’y a pas grand-chose sur la scène. Et pourtant, il y a presque tout dans ces 80 minutes.
Du 2 au 6 février à l’Atelier Théâtre Jean Vilar, à Louvain-la-Neuve. Le jeudi 4 février, une rencontre avec les acteurs est prévue après la représentation, 0800 25 325 ou www.​atjv.​be.